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La Mécanique du Rose
La mécanique des fluides… La mécanique quantique…C’est très poétique à mon oreille, je
ne sais pas comment on s’en sert, mais ça sonne très beau.
Comme je cherchais un titre pour l’exposition au musée de la musique mécanique, je
trouvai que «La Mécanique du Rose» serait vraiment joli, surtout que j’ai une
prédilection pour cette couleur, alors qu’elle n’existe pas .
C’est très mystérieux, mais grosso modo, le rose n’est pas une couleur, elle n’appartient
pas au spectre de la lumière, il n’y a pas de rose dans l’arc en ciel. Le rose est une
invention de notre esprit. Puisque l’œil humain ne peut pas voir certaines ondes
lumineuses, comme les ultraviolets ou les infrarouges, notre cerveau comble l’espace avec
la couleur rose. (j’ose à peine croire ce que j’écris…).
Que le rose soit ou non une couleur, c’est finalement le symbole de toutes nos sensations.
Toutes nos perceptions sont une interprétation de notre cerveau. Ce je perçois, le
percevez-vous pareillement ? Quelle goût a la gelée de mûre, quel son fait la pluie ? Nous
ne parlons peut-être que pour nous assurer que nos réalités sont semblables.
Kundera évoque ça, dans L’Insoutenable Légèreté de l’Être avec «le petit lexique des mots
incompris »: il y a des mots qui nous empêchent de nous comprendre parce que ce sont
des mots qui ne signifient pas du tout la même chose selon nos expériences.
Aux antipodes, il y a Proust qui remarque que souvent en lisant un livre nous inventons
un sens qui ne s’y trouve pas, on se crée une histoire autre que celle du romancier. Mais
selon lui ce n’est pas si grave, parce que le livre a permis que l’on produise un sens dont on
avait besoin et c’est tout ce qui importe .
Chez Kundera c’est assez tragique, alors que Proust en réjouit presque. Moi j’oscille entre
les deux, parfois notre solitude me désespère et parfois je me dis que cela nous
autorise à totalement nous affranchir de la réalité .
Ça me ramène à mes tableaux… je peins des femmes et puis pendant que je les peins ou
plus tard, elles m’évoquent des personnages de roman, de mythe, d’opéra, de comédie musicale,mais pour lesquels mon esprit vagabonde et imagine un autre récit.
Cordelia dit merde à papa, “Anne ma sœur Anne” n’est la sœur de personne, Phèdre
plaque Hippolyte, Europe et Zeus inventent la corrida, Perséphone arrache les grands lys
pour se tirer de chez sa mère. D’ailleurs, j’ai pensé l’autre jour que tout ça avait peut-être
commencé avec d’Emilie Jolie : la Sorcière épousait le prince charmant, elle avait « les
ongles longs comme l’hiver ».
Voila « La Mécanique du Rose » dans mon petit lexique des mots incompris, c’est
l’expression pour dire que l’on est parfois enfermé dans nos perceptions, fort susceptible
de n’être qu’un personnage dans le film d‘un autre, que nous réduisons au silence tout
autant.
C’est pourquoi le mieux c’est de fabuler follement




